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De miel
atamment yan udad isakem ittarem yan
pour goutter le miel, on utilise qu un seul doigt
J'ai une histoire marocaine avec le miel; plusieurs même.
Si je suis restée collée au Maroc comme dans un pot de miel, si j'y reviens toujours tel Winnie l'Ourson guidé par sa seule gourmandise, le hasard n'a pas son mot à dire.
Au premier voyage, il l'a bien dit, khouya, Abderrahim. Un proverbe un peu sibyllin qu'il m'a expliqué en riant :
llowla smiyna, ttanya 3ssiyla o ttalta hssiyla
La première fois du beurre, la seconde du miel, la troisième, le piège.
Pourquoi disait-il cela, à celle qu'il venait à peine de surnommer Aicha, du nom de sa grande soeur ("comme ça, une grande, et une petite !") ? Aicha en guise de baptême pour gaouria en plein coup de foudre avec son pays?
Parce que, dit-il ce jour-là, l'hospitalité marocaine est ainsi, d'abord le beurre, puis, à la seconde visite, le miel, plus délicieux encore, et, la troisième fois, le piège se referme.
Bien, me disais-je, je ne reviendrai qu'une fois.
Au second voyage, nous plaisantions encore de "mon" proverbe, et je demandais à chaque marocain que je croisais, s'il connaissait ces mots. Mais tous les répétaient lentement en hochant la tête, dubitatifs. Abderrahim l'aurait-il inventé ?
Troisième voyage, rencontre avec Bini et Ciline, avec qui nous fonderons, quelques semaines après le retour, Azekka. Plaisanterie avec Abderrahim, tout en chevauchant entre les arganiers de l'arrière-pays d'Essaouira : alors, ce piège ? mais point de signe, j'attends comme dans ces histoires à faire peur, que se réalise la prophétie à l'heure dite... sans doute est-elle passée, dès le premier voyage...
Dès lors, la surenchère nous amuse : cinquième voyage ! je suis enfermée à double tour, la clé a été perdue... le sort en est jeté.
Sixième voyage, à Idikl nos hôtes nous servent le rayon de miel, le beurre, tout y est.
A Skoura une famille attachante, avec qui je partage une amitié profonde, et que je vois à chaque voyage, porte le nom d'3assila, "miel".
A Aït Ali, je sympathise avec Saïd et le surnomme "Monsieur Tamment" ("miel", en tachelhit)
A Aït Ali toujours, Lahoussine répète souvent son proverbe préféré,
ila sahbek 3sel la taklou koulou (en arabe)
igh iga umeddakwl nek tamment at kullu ur telght syat tekklit (en tachelhit)
Si ton ami est de miel, ne le mange pas tout entier.
Alors chaque jour passé dans le royaume,
je laisse ma cuillère se reposer.
[Aicha]
novembre 2005
dernière mise à jour : 29/11/06
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