Le Souk
On y entre par une grande porte en arcade, symbolisant le passage dans un autre monde, plus vif, plus coloré, plus dense. A peine le temps d'embrasser du regard la fourmilière, une mule traînant sa carriole manque de vous écraser, sans que son propriétaire lève un sourcil. Point de "chaud devant", ici on travaille et il n'est pas question de lambiner.
Seul Européen dans le souk de Skoura, vous êtes interpellé de toutes parts, par la voix, le regard, on a mille choses à vous proposer dont vous avez forcément besoin. Les locaux qui vous accompagnent, eux, prennent le temps de négocier les quelques mètres de natte en plastique qui garnira le sol de la tente. Puis laissent le vendeur nouer tous les fils coupés; on prendra le paquet en partant.
Les montagnes de légumes, cônes instables à même le sol, sont déversées par brouettes entières sur des carrés de toiles. On s'accroupit, une cuvette à la main, on fait son choix, mais vite. Un passage sur la balance, et vous repartez avec votre sac plastique bleu, ou noir.
Des brassées de menthe odorantes dépassent des cabas, coriandre fraîche et oignons finiront en tagine. Vous n'avez pas les ustensiles pour cuisiner ? Qu'à cela ne tienne, voici un plat à tagine justement, et son mejmer (brasero) en terre cuite.
Il vous manque les épices, les voici en pyramides bien nettes, le rass el hanout (lit. tête de l'épicerie) parfait pour vos plats mijotés.
Le coin de la viande est à réserver aux moins sensibles. Oh, rien de bien grave, mais pour des yeux européens vouant un respect total à la chaîne du froid, des morceaux de viande pendant en pleine chaleur peuvent surprendre.
Mais ici, les yaourts trônent sur des étagères à côté des biscuits et du fromage. Ils sont tout au plus un peu bombés, mais parfaitement comestibles. Merci Pasteur !
Le cordonnier à l'Suvre regarde à regret vos baskets mais vous échangez quelques blagues avec lui tandis qu'il martèle un fer.
Plus loin, c'est le marché aux bêtes, qui bêlent, braient, piaffent sur leurs petits sabots. Marée de laine noire, de poils blancs et couleur café. Il va de soi qu'à l'approche de l'Aïd el Kebir les moutons sont à l'honneur.
La paille est descendue de camions dont elle recouvre entièrement le toit, dépassant même de plusieurs mètres à l'avant et à l'arrière du véhicule. Comment ça tient ? Mystère.
En quittant le souk, les cabas sont si chargés que certains cèdent en pleine rue, et c'est une course à la tomate, aux oranges, aux pommes de terre. Certains repartent à pied chez eux et les mains dans les poches : ils ont confié leurs commissions à une connaissance qui fait taxi à provisions ! Une combine indispensable : certains habitent à des dizaines de kilomètres du souk.
[KA]
Skoura, février 2004
dernière mise à jour : 23/08/04
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